Kadhafi se moque de nous
Dossier réalisé par Thomas de Rochechouart et Maud Guillaumin, le jeudi 13 décembre 2007 à 01:40
Depuis son arrivée, le colonel Kadhafi multiplie les provocations. Piégé, le gouvernement n'ose rien dire.
Nicolas Sarkozy mesurait-il, en juillet dernier, que le prix pour la libération des infirmières bulgares serait si lourd ? Peu réjouissante, déjà, sur le principe, la visite du colonel Kadhafi tourne en effet chaque jour un peu plus à la farce politique. Une mascarade qui prêterait à sourire si les paroles prononcées par le « Guide suprême de la Djamahiriya libyenne » et les symboles délivrés tout au long de son passage n'étaient à ce point détestables. Loin de faire profil bas après trente-quatre années de purgatoire, le numéro un libyen se comporte en France comme un monarque, assouvissant ses moindres caprices. Après une apologie du terrorisme, arme « naturelle des faibles » face aux puissants, à Lisbonne, il a multiplié depuis son arrivée en France les provocations. Au lendemain de son premier entretien avec Nicolas Sarkozy, il a affirmé, dans une interview accordée à France-2, première chaîne de télévision publique, que celui-ci avait omis d'aborder le thème sensible des droits de l'homme. Un sujet sur lequel le colonel Kadhafi a eu le cynisme, quelques heures après, de délivrer une leçon aux Européens, lors d'un discours prononcé au siège de l'Unesco. « Les étrangers sont maltraités en Europe, et eux (les Européens) nous demandent de respecter les droits de l'homme », a-t-il notamment déclaré. « Il n'est pas possible que vous viviez ici marginalisés [...] Nous Africains sommes victimes d'injustice. Ils nous ont transportés ici comme du bétail pour faire les travaux pénibles et sales, et ils nous rejettent dans les banlieues des villes et lorsqu'on revendique nos droits, on se fait taper dessus par la police. » Plus tard, lors d'une soirée organisée au Ritz en compagnie de Français bienveillants à l'égard du pouvoir libyen, le Guide suprême récidivait. « Jésus n'a pas été envoyé à l'Europe mais aux fils d'Israël pour corriger la loi de Moïse, a-t-il déclaré, selon Le Monde, devant ce parterre de fidèles. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n'est pas Jésus, c'est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n'a aucun sens, comme vos prières n'ont aucun sens ! »
Non content de parader avec arrogance devant les caméras, le dictateur se permet d'insulter effrontément aussi bien ses hôtes que les victimes de ses nombreux crimes, qui lui valurent autrefois le titre d'« ennemi public numéro un de l'Occident ». Le colonel Kadhafi semble même s'amuser des polémiques provoquées par son passage. Car hormis la secrétaire d'Etat Rama Yade, qui s'offusqua publiquement de l'arrivée du Guide à l'occasion de la Journée des droits de l'homme, le gouvernement affiche un silence lourd et embarrassé. Après leur deuxième entretien, hier, à l'Elysée, Nicolas sarkozy s'est contenté de « recommander vivement » à son hôte « de condamner publiquement les attentats d'Alger ». C'est bien peu, mais c'est sans doute tout ce que pouvait s'autoriser un président piégé par des promesses de contrats non signés.
« On a raison de renouer des liens diplomatiques et économiques avec la Libye, mais on en fait beaucoup trop, observe un diplomate. Et le justifier par les milliards de contrats accréditent de façon dramatique la thèse selon laquelle les droits de l'homme que nous défendons ont un prix. » En attendant, le colonel libyen profite de son séjour de la capitale. Hier, ce sont les ponts de Paris qui ont été fermés pour lui permettre de faire une promenade en bateau sur la Seine. En attendant une visite au château de Versailles et peut-être, sur la tombe du général de Gaulle, histoire d'humilier un peu plus une Ve République qui semble trahir ses principes.
Les provocations du colonel
L'Elysée avait tenu à préciser que le colonel Muammar Khadafi n'a pas droit au décorum d'une visite d'Etat. Pourtant le dictateur libyen a multiplié les exigences.
Rares sont les chefs d'Etat qui exigent l'installation d'une tente en guise d'hôtel. Mais Muammar Kadhafi l'a fait. Ne se déplaçant pas sans sa tente, sous laquelle il accueille ses invités, le Libyen a eu droit à ce qu'elle soit plantée dans les jardins de l'hôtel Marigny, la résidence officielle des hôtes de l'Etat français. Autre exigence : le colonel a tenu à être déposé sous le porche du palais présidentiel, afin de remonter, dans sa gandoura traditionnelle, la cour d'honneur devant la garde républicaine. Rien d'étonnant quand on sait que le « Guide » est connu pour son comportement provocateur.
Leçon de morale
Et manifestement, il ne s'est pas assagi avec les années. N'appréciant plus d'être constamment renvoyé à la situation des droits de l'homme dans son pays, il a ainsi fermement nié avoir abordé cette question avec Nicolas Sarkozy. Un entretien que ses collaborateurs ont pourtant confirmé. Pis, Muammar Kadhafi a fait la leçon aux Européens et particulièrement à la France sur ce thème, devant des représentants de la communauté africaine réunis à l'Unesco. En France, « les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. [...] Pourquoi ces incendies qu'ils allument ? Est-ce qu'il y a des droits qui ne sont pas respectés, qui sont violés ? », s'est-il interrogé. Toujours attendu avec une heure de retard, il a ensuite été accueilli chaleureusement, par l'ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas au Ritz, où Kadhafi a salué la politique de la Chine, « rempart contre les Etats-Unis ». Le Guide a ensuite tenu à sa séance de dédicaces. Du Livre vert à ses biographies autorisées en passant par ses romans et ses poèmes. Enfin, derniers caprices avant son retour : une visite au château de Versailles et une partie de chasse. Comme Louis XIV.
Dossier réalisé par Thomas de Rochechouart et Maud Guillaumin, le jeudi 13 décembre 2007 à 01:40
Depuis son arrivée, le colonel Kadhafi multiplie les provocations. Piégé, le gouvernement n'ose rien dire.
Nicolas Sarkozy mesurait-il, en juillet dernier, que le prix pour la libération des infirmières bulgares serait si lourd ? Peu réjouissante, déjà, sur le principe, la visite du colonel Kadhafi tourne en effet chaque jour un peu plus à la farce politique. Une mascarade qui prêterait à sourire si les paroles prononcées par le « Guide suprême de la Djamahiriya libyenne » et les symboles délivrés tout au long de son passage n'étaient à ce point détestables. Loin de faire profil bas après trente-quatre années de purgatoire, le numéro un libyen se comporte en France comme un monarque, assouvissant ses moindres caprices. Après une apologie du terrorisme, arme « naturelle des faibles » face aux puissants, à Lisbonne, il a multiplié depuis son arrivée en France les provocations. Au lendemain de son premier entretien avec Nicolas Sarkozy, il a affirmé, dans une interview accordée à France-2, première chaîne de télévision publique, que celui-ci avait omis d'aborder le thème sensible des droits de l'homme. Un sujet sur lequel le colonel Kadhafi a eu le cynisme, quelques heures après, de délivrer une leçon aux Européens, lors d'un discours prononcé au siège de l'Unesco. « Les étrangers sont maltraités en Europe, et eux (les Européens) nous demandent de respecter les droits de l'homme », a-t-il notamment déclaré. « Il n'est pas possible que vous viviez ici marginalisés [...] Nous Africains sommes victimes d'injustice. Ils nous ont transportés ici comme du bétail pour faire les travaux pénibles et sales, et ils nous rejettent dans les banlieues des villes et lorsqu'on revendique nos droits, on se fait taper dessus par la police. » Plus tard, lors d'une soirée organisée au Ritz en compagnie de Français bienveillants à l'égard du pouvoir libyen, le Guide suprême récidivait. « Jésus n'a pas été envoyé à l'Europe mais aux fils d'Israël pour corriger la loi de Moïse, a-t-il déclaré, selon Le Monde, devant ce parterre de fidèles. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n'est pas Jésus, c'est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n'a aucun sens, comme vos prières n'ont aucun sens ! »
Non content de parader avec arrogance devant les caméras, le dictateur se permet d'insulter effrontément aussi bien ses hôtes que les victimes de ses nombreux crimes, qui lui valurent autrefois le titre d'« ennemi public numéro un de l'Occident ». Le colonel Kadhafi semble même s'amuser des polémiques provoquées par son passage. Car hormis la secrétaire d'Etat Rama Yade, qui s'offusqua publiquement de l'arrivée du Guide à l'occasion de la Journée des droits de l'homme, le gouvernement affiche un silence lourd et embarrassé. Après leur deuxième entretien, hier, à l'Elysée, Nicolas sarkozy s'est contenté de « recommander vivement » à son hôte « de condamner publiquement les attentats d'Alger ». C'est bien peu, mais c'est sans doute tout ce que pouvait s'autoriser un président piégé par des promesses de contrats non signés.
« On a raison de renouer des liens diplomatiques et économiques avec la Libye, mais on en fait beaucoup trop, observe un diplomate. Et le justifier par les milliards de contrats accréditent de façon dramatique la thèse selon laquelle les droits de l'homme que nous défendons ont un prix. » En attendant, le colonel libyen profite de son séjour de la capitale. Hier, ce sont les ponts de Paris qui ont été fermés pour lui permettre de faire une promenade en bateau sur la Seine. En attendant une visite au château de Versailles et peut-être, sur la tombe du général de Gaulle, histoire d'humilier un peu plus une Ve République qui semble trahir ses principes.
Les provocations du colonel
L'Elysée avait tenu à préciser que le colonel Muammar Khadafi n'a pas droit au décorum d'une visite d'Etat. Pourtant le dictateur libyen a multiplié les exigences.
Rares sont les chefs d'Etat qui exigent l'installation d'une tente en guise d'hôtel. Mais Muammar Kadhafi l'a fait. Ne se déplaçant pas sans sa tente, sous laquelle il accueille ses invités, le Libyen a eu droit à ce qu'elle soit plantée dans les jardins de l'hôtel Marigny, la résidence officielle des hôtes de l'Etat français. Autre exigence : le colonel a tenu à être déposé sous le porche du palais présidentiel, afin de remonter, dans sa gandoura traditionnelle, la cour d'honneur devant la garde républicaine. Rien d'étonnant quand on sait que le « Guide » est connu pour son comportement provocateur.
Leçon de morale
Et manifestement, il ne s'est pas assagi avec les années. N'appréciant plus d'être constamment renvoyé à la situation des droits de l'homme dans son pays, il a ainsi fermement nié avoir abordé cette question avec Nicolas Sarkozy. Un entretien que ses collaborateurs ont pourtant confirmé. Pis, Muammar Kadhafi a fait la leçon aux Européens et particulièrement à la France sur ce thème, devant des représentants de la communauté africaine réunis à l'Unesco. En France, « les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. [...] Pourquoi ces incendies qu'ils allument ? Est-ce qu'il y a des droits qui ne sont pas respectés, qui sont violés ? », s'est-il interrogé. Toujours attendu avec une heure de retard, il a ensuite été accueilli chaleureusement, par l'ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas au Ritz, où Kadhafi a salué la politique de la Chine, « rempart contre les Etats-Unis ». Le Guide a ensuite tenu à sa séance de dédicaces. Du Livre vert à ses biographies autorisées en passant par ses romans et ses poèmes. Enfin, derniers caprices avant son retour : une visite au château de Versailles et une partie de chasse. Comme Louis XIV.
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Edition France Soir du jeudi 13 décembre 2007 n°19669 page 2
Mention spécial au faux cul Kouchner

